Publication 21 juillet 2026

« Construire ensemble l’avenir de l’Europe », une contribution sur la souveraineté technologique

Dans le cadre du Dialogue stratégique franco-britannique "Construire ensemble l’avenir de l’Europe", Renaissance Numérique a apporté sa contribution à une réflexion commune sur les grandes priorités de l’Europe contemporaine. Notre texte s’inscrit dans un exercice inédit de dialogue entre think tanks français et britanniques, consacré à trois défis majeurs : la sécurité européenne, la souveraineté technologique et la résilience des sociétés démocratiques.

Renaissance Numérique a pris part au Dialogue stratégique franco-britannique « Construire ensemble l’avenir de l’Europe », lancé par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Cette initiative réunit des think tanks français et britanniques autour de trois grands enjeux :

  • la sécurité européenne,
  • la compétition technologique,
  • la résilience des sociétés démocratiques.

Dans un contexte marqué par le retour des rivalités de puissance, l’accélération des transformations numériques et la fragilisation du débat public, notre contribution défend une idée simple : l’Europe doit renforcer sa capacité d’action collective. La relation franco-britannique, au-delà des cadres institutionnels existants, reste un levier essentiel pour faire émerger des réponses communes aux défis stratégiques du continent.

Renaissance Numérique a contribué à cet exercice collectif en apportant une lecture centrée sur les enjeux de transformation numérique et de souveraineté technologique. Notre contribution part d’un constat simple : les défis européens ne peuvent plus être abordés séparément. La sécurité du continent, la maîtrise des infrastructures numériques, l’usage de l’intelligence artificielle et la solidité du débat démocratique sont désormais intimement liés.

Dans cette perspective, notre contribution met en avant la nécessité de renforcer les capacités d’action européennes face aux dépendances stratégiques, d’encadrer les usages des technologies numériques de manière à protéger les libertés, et de consolider la résilience démocratique face aux manipulations informationnelles et aux fractures sociales.

Nos six propositions sont les suivantes :

Propositions

Proposition 1

Établir, dans le cadre d’une initiative conjointe franco-britannique en lien avec la Commission, une cartographie partagée des dépendances technologiques critiques et des seuils à partir desquels la souveraineté de l’Union est compromise, afin de guider l’allocation des investissements et des programmes communs.

Proposition 2

Intégrer, dans la cartographie conjointe des dépendances, une analyse spécifique des technologies de rupture, afin de programmer des investissements amont coordonnés et d’anticiper les futurs points de vulnérabilité de l’Europe.

Proposition 3

Faire du dialogue franco-britannique un laboratoire pour des coalitions industrielles ciblées, associant entreprises, centres de recherche, pouvoirs publics et acteurs de la société civile autour de quelques chaînes de valeur partagées (semi-conducteurs, calcul à haute performance, cyber sécurité), avec des mécanismes de financement croisés et une gouvernance ouverte aux autres États membres.

Proposition 4

Élaborer une feuille de route de « cohérence stratégique » entre régulation et souveraineté technologique, en identifiant, pour chaque grand texte sectoriel (données, IA, cybersécurité…), les leviers concrets de renforcement des capacités industrielles européennes, ainsi que les moyens hu mains, financiers et institutionnels nécessaires à leur application effective. Cette feuille de route doit assumer l’enjeu poli tique de donner aux autorités de régulation et aux décideurs publics les ressources et le mandat pour appliquer les textes sans reculer face aux menaces de pressions économiques ou géopolitiques.

Proposition 5

Promouvoir, dans le cadre du dialogue franco-britannique, une « méthode partenariale » de la souveraineté technologique européenne, combinant : des outils de financement et de commande publique orientés vers l’innovation et la montée en gamme des offres européennes, sans tomber dans l’obligation d’achat autarcique ; des dispositifs de partage de risques entre États, Union européenne, Royaume-Uni et investisseurs privés sur les projets présentant un intérêt stratégique commun ; des espaces de délibération démocratique intégrant la société civile sur les usages de l’IA et des technologies cri tiques, afin d’ancrer la souveraineté technologique dans un projet de société partagé, et pas seulement dans une logique de compétition entre blocs.

Proposition 6

Faire du dialogue franco-britannique le point de départ d’un agenda « numérique et IA pour le bien commun », combinant : le développement d’une littératie numérique et en IA à grande échelle (école, formation tout au long de la vie, accompagnement des publics vulnérables) pour permettre aux citoyens de comprendre, critiquer et orienter leurs usages ; un programme de formation conjoint des décideurs aux principaux enjeux (sociétaux, technologiques, politiques, économiques, législatifs…), afin de partager une vision et un langage commun ; le soutien structuré à des écosystèmes de projets d’intérêt général (civic tech, communs numériques, IA au service des organisations de la société civile) via des financements dédiés, des infrastructures partagées et l’accès sécurisé à des données d’intérêt général) ; la généralisation de dispositifs de participation et d’expérimentation démocratique, afin que les règles et les usages des technologies soient co-construits avec les citoyens et les territoires plutôt que laissés à la seule main des grands acteurs privés.

Ce travail collectif a également donné lieu à la publication, dans L’Express, d’une tribune intitulée « Dix ans après le Brexit, l’Europe a besoin du couple franco-britannique : l’appel de chercheurs », appelant à renforcer la coopération entre la France, le Royaume-Uni et l’Union européenne dans les domaines de la défense, de la technologie et de la démocratie.


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