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Repenser la politique d’aménagement du territoire à l’heure de la métropolisation et de la plateformisation

  • Politiques, institutions et démocratie

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INTRODUCTION | Le réenchantement des territoires par le numérique aura-t-il lieu ?

Depuis ses origines, la politique publique d’aménagement du territoire s’est appuyée sur l’innovation technologique, à l’instar du déploiement des infrastructures de mobilité. Cependant, l’intégration du numérique dans cette politique a été tardif : les infrastructures de télécommunications et du numérique n’y sont intégrées qu’à partir de 2002 avec les Schémas de services collectifs. Dès lors, le numérique est considéré comme un levier de la structuration de nos territoires, qu’il s’agisse de connectivité ou d’une refonte de nos espaces et usages par les données.

En parallèle, une politique d’innovation grâce à la création de pôles dédiés ‒ technopôles à partir des années 1980, puis pôles de compétitivité à partir de 2004 ‒ complète cette politique d’aménagement. Depuis lors, ces clusters se sont multipliés : on compte désormais 55 pôles de compétitivité en France. Cependant, quarante ans plus tard, il est encore difficile d’évaluer l’impact de cette politique sur le développement des territoires, et encore plus de mesurer ses effets sur l’équilibre entre territoires, alors qu’un certain nombre de ces pôles sont rassemblés au cœur de grandes structures urbaines. Lancée en 2014, la French Tech s’inscrit dans cette tendance. Avec la labellisation de pôles métropolitains, elle participe aussi de la re-concentration de l’innovation au sein des métropoles.

Ainsi, le réenchantement des territoires promis par le numérique tend à se concentrer au cœur des métropoles, et les politiques de décentralisation et d’attractivité internationale menées autour de ces pôles urbains contribuent à aggraver une fracture déjà prégnante. Le dernier baromètre du numérique illustre en particulier les écarts de déploiement des technologies de connectivité entre les territoires. Le Défenseur des droits a récemment alerté sur ces disparités, constatant que dans les communes de moins de 1 000 habitants, plus d’un tiers des habitants n’ont pas accès à un Internet de qualité.

Or, ce phénomène de concentration est renforcé par la combinaison de deux mouvements : la métropolisation et la plateformisation. Les richesses et les nouveaux usages liés à la transformation numérique se polarisent au sein des grandes métropoles. Dans son rapport sur la Smart city, l’ancien député L. Belot partage ce constat : « Le découpage administratif risque de créer des zones blanches et des zones de recoupement des nouveaux services en l’absence de concertation au niveau approprié ». En réponse, il suggère que les territoires écartés de cette transformation « pourraient bénéficier de l’expérience et des stratégies mises en place dans des territoires adjacents plus avancés technologiquement. En d’autres termes, on pourrait commencer par déployer des smart cities pour passer ensuite aux smart territoires, quelle que soit leur taille ». Toutefois, à l’ère de la re-concentration des territoires par la combinaison de la métropolisation et de la plateformisation, cette approche paraît insuffisante pour assurer un développement à ces territoires. Par ailleurs, cette dichotomie oublie souvent que la ville intelligente dépend elle-même des territoires qui l’alimentent en personnes, ressources, énergie...

Dès lors, comment peut-on éviter que la politique d’aménagement numérique ne renvoie ces territoires à une seule destinée, celle de n’être que des hinterlands des métropoles ? L’écart qui se creuse avec la « France périphérique » à mesure que notre regard est porté vers la compétition internationale entre territoires, est à considérer urgemment. Les fortes tensions sociales qui se sont révélées avec une plus vive acuité durant la crise sanitaire, ne sont que le prélude d’une crise politique majeure pour notre démocratie si l’on n’agit pas rapidement.

 

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