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Etats généraux de l’alimentation : changez de culture... pensez numérique !

  • Economie, emploi et travail

Etats généraux de l’alimentation : changez de culture... pensez numérique !

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Par Marine Pouyat, Consultante et Adhérente de Renaissance Numérique 
 

AGROALIMENTAIRE : 3 DÉFIS À RELEVER À L'ÈRE DU NUMÉRIQUE

Il existe actuellement trois grands défis à relever en matière d’agriculture et d’alimentation :


#1 Nourrir la planète

La population mondiale croît d’environ 77 millions de personnes par an, et pourrait atteindre près de 10 milliards en 2050. Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), la production de nourriture devrait augmenter de 60 % pour nourrir cette population mondiale. Comment relever cet immense défi alors que les surfaces agricoles exploitables sont limitées ?


#2 Respecter la planète

L’agriculture participe aujourd’hui largement à la dégradation de l’environnement, puisqu’elle serait responsable de 30 % des émissions de gaz à effet de serre, une part en hausse de 75 % par rapport à 1990, via la déforestation, l’utilisation d’engrais chimiques comportant des composants pétroliers, la digestion des ruminants et les labours.

De façon plus globale, la chaîne agro-alimentaire au complet (incluant la fabrication des matières premières, la transformation des produits, leur transport et leur commercialisation, jusqu’à la consommation) serait responsable de 30 % de la consommation d’énergie mondiale (soit 95 exa-joules par an).

Les agriculteurs sont aussi les premières victimes du changement climatique. Les sécheresses, les inondations et l’apparition de nouvelles maladies les frappent de plein fouet. La pollution et la toxicité des intrants utilisés nuisent également à leur santé.


#3 Redonner du sens au métier d’agriculteur

L’agriculture est confrontée à un autre défi de taille, outre celui de la rentabilité de l’activité elle-même qui mène souvent à son arrêt, c’est celui de l’attractivité de ce métier. Sur ce point, on note le tropisme des états généraux de l’alimentation qui viennent de s’ouvrir et peinent à sortir de la question centrale du prix.

Alors qu’il répond à un besoin primaire, il existe aujourd’hui une véritable fracture entre les consommateurs et les agriculteurs qui se traduit non seulement par une méconnaissance des métiers agricoles et de leurs productions, mais également par une défiance terrible à la suite de la multiplication des scandales alimentaires sur toute la chaîne.

De cette distanciation, naît une situation préoccupante en termes de santé publique, amplifiée par des inégalités sociales : la troisième étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) sur les habitudes alimentaires des Français publiée le 12 juillet dernier, fait des constats particulièrement inquiétants sur les habitudes alimentaires des Français, qui privilégient notamment les plats préparés et trop salés, sur la cuisine à partir de produits non transformés. En octobre 2016, on estimait qu’un Français sur deux était en surpoids !

Il est donc indispensable de recréer du lien entre agriculteurs et consommateurs. Même si des initiatives existent et prouvent qu’il y a une appétence pour retrouver dans le pays de la gastronomie une relation plus saine avec l’agriculture, elles sont aujourd’hui trop peu nombreuses. Les consommateurs sont en quête de sens et il est important de trouver les moyens pédagogiques pour les aider à retrouver un lien fondamental avec la culture du vivant.


ETATS GÉNÉRAUX DE L'ALIMENTATION, C'EST BIEN, MAIS...

L’ouverture des états généraux de l’alimentation se fait donc dans une situation de crise profonde basée sur le constat qu’il n’est plus possible de continuer sur la voie empruntée depuis une cinquantaine d’années et avec en perspective l’absolue nécessité de trouver des solutions pour répondre à des défis de taille.

Il est impératif de ne pas rater ce moment qui se doit d’être historique, car il en va de l’avenir non seulement d’une filière, mais également de notre société. C’est pourquoi, il est essentiel de ne pas procéder de manière similaire à ce qui a été fait auparavant, pour ne pas arriver à des résultats identiques.

En premier lieu, cela implique de remettre à plat les systèmes en challengeant les croyances actuelles, afin d’explorer de nouvelles possibilités et trouver de nouvelles bases non seulement plus justes, mais également porteuses de croissance.

Un changement est indispensable, mais il ne se décrète pas. Il implique une modification culturelle profonde : qui commence par l’analyse des erreurs commises par le passé qui ont amené à ce point de non-retour, pour accepter ensuite d’emprunter un chemin différent porteur de mieux être individuel et de croissance collective.

S’il y a urgence à faire face à la crise actuelle, celle-ci ne doit pas engendrer de la précipitation et des mesures réglementaires hâtives. Un véritable changement de paradigme doit se construire pas à pas. Il implique d’adopter des méthodes pragmatiques d’apprentissage : essayer, tester, expérimenter, apprendre, ne pas tout miser sur une solution, mais en explorer de multiples.

Si l’objet de ces états généraux ne peut qu’être salué, au moment de leur lancement quelques points doivent nous alerter :

  • Sur la méthodologie, mettre en place une plateforme en ligne de consultation, n’est pas intrinsèquement une forme de concertation participative innovante : recueillir l’avis de personnes spontanées, sans que leurs avis soient hiérarchisés en fonction de leurs expertises, sans avoir programmé un traitement par la suite des résultats avec de l’intelligence artificielle couplée avec des analyses d’experts, mènera au mieux à de l’innovation incrémentale. Cela n’est pas suffisant pour relever les défis actuels.
     
  • Sur les questions de fond : on ne peut aujourd’hui aborder la question de la transformation de la chaîne de valeur agricole, sans intégrer une réflexion profonde sur ses besoins d’innovation de rupture par le biais des outils numériques. Par exemple, ne pas réduire la question de la valeur à une simple négociation entre acteurs de la chaîne régulée par l’Etat, mais se poser en profondeur la question de la valeur de la production dans une économie gouvernée par les données.

Des solutions concrètes existent. Il est temps de s’en saisir afin que la France ne se laisse pas distancer par les acteurs internationaux et que la société retrouve confiance en son agriculture.
 

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